Visiter ou pas le musée du génocide des Khmers Rouges à Phnom Penh ?

Voyager c’est découvrir le meilleur comme le pire de la nature humaine. En visitant le musée du génocide du Cambodge et les charniers de Phnom Penh, j’ai été exposés aux pires atrocités que ce pauvre peuple a dû subir il y a 40 ans sous le règne radical meurtrier des Khmers rouges qui, en 3 ans de règne seulement, ont tragiquement décimé plus de 20% de la population du pays et condamné le reste à vivre traumatisé dans une société handicapée pour plusieurs générations à venir.

Torture, assassinats et exterminations collectives, famine, déportations, persécutions raciales et religieuses, toutes formes d’oppression et de contrôle de la population étaient permises sous ce régime sanglant, qui a pourtant bénéficié du soutien des plus grosses puissances mondiales, forçant la communauté internationale à fermer les yeux.

En 1954, à la fin de la guerre d’Indochine, alors que la plupart des militants communistes se réfugiaient au Vietnam du Nord, un certain nombre d’entre eux décident de résister au régime du Prince Sihanouk. La plupart des chefs de ces partisans ont fait leurs études à Paris. Par exemple, l’un des principaux dirigeants de la résistance, Khieu Samphan, a soutenu en France sa thèse dans laquelle il prônait un développement autarcique du Cambodge, fondé sur l’agriculture. Il écrivait que les citadins n’étaient que des parasites qu’il fallait affecter aux champs et aux usines. Les opposants au régime officiel constituent, à partir de 1963, des maquis autour d’un chef, Saloth Sar, dit « Pol Pot ».

Le 17 avril 1975, la ville de Phnom Penh tombe sous la coupe des Khmers rouges du Kampuchea démocratique. Pol Pot dirige le gouvernement. Dès lors, les frontières se ferment et une expérience démentielle commence. La population des villes est évacuée de force, envoyée dans les fermes rurales pour y travailler en tant que nouveaux citoyens, ou « nouveau peuple ». La ville de Phnom Penh est ainsi vidée de ses 2 millions d’habitants et laissée à l’abandon. Le pays est ramené à l’époque du Néolithique. Toute la population est employée à la riziculture et à des travaux d’irrigation épuisants. Dès l’âge de huit ans, les enfants travaillent 10 heures par jour pour un bol de soupe et deux bols de riz par jour.

En dehors des dirigeants, ceux qui ont été en contact avec l’Occident sont éliminés. Porter des lunettes c’est-à-dire avoir l’air d’un intellectuel est synonyme de condamnation à mort immédiate. Pour survivre, les enfants doivent dire qu’ils étaient trop pauvres pour aller à l’école.

La prison S-21

Le lycée Tuol Svay Prey, lieu de vie, est transformé par les forces de Pol Pot en prison. Chaque salle de classe devenant une cellule de torture des prisonniers. C’est désormais le musée « Tuol Sleng« . Chaque visiteur dispose d’un audio-guide. L’ambiance dans les couloirs et les différentes salles est lourde. Chacun se retrouve seul face aux portraits des victimes présentés tout au long de la visite. On se retrouve avec pour seule compagnie les témoignages des survivants qui tournent dans les écouteurs. Le malaise face aux atrocités commises est profond. Je termine rapidement la visite de ce lieu, sans les écouteurs et ces récits que je ne peut supporter.

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Les « Choeung Ek Killing Fields »

Après que les prisonniers aient été torturés et aient dû avouer des crimes qu’ils n’avaient pas commis, ils étaient envoyés dans les champs de la mort. Là, d’immenses hauts-parleur diffusaient tout au long de la journée une puissante musique pour couvrir leurs cris afin que les villageois environnants ne se doutent jamais des meurtres barbares perpétrés là. Des senteurs parfumées embaumaient même l’air pour couvrir l’odeur des cadavres en décomposition.

Là encore, je ne peux pas terminer la visite avec l’audio-guide.

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L’ancienne prison S-21 et les champs de la mort sont des endroits lugubres chargés de drames et de tragédies. Mais je sentait que c’était important de les visiter. Pour moi, on ne peut pas fermer les yeux sur ce volet de l’histoire qui a beaucoup à nous apprendre sur les dangers du radicalisme et l’appât du pouvoir, et sur l’importance d’avoir une conscience collective qui transgresse les frontières internationales.

Finalement, les Vietnamiens prennent Phnom Penh, la capitale, le 7 janvier 1979. Pol Pot s’enfuit à l’étranger devant l’avancée des troupes en avril. Il sera condamné à mort par contumace pour génocide en août 1979.
La sentence ne sera jamais exécutée. Il meurt de sa belle mort au Cambodge en mai 1998 après s’être retranché dans un des derniers maquis Khmers rouges.


Une journée aussi émouvante comme celle que je vient de vivre, ça met les petits soucis de notre vie personnelle en perspective. Ça fait aussi réfléchir. Ça fait réfléchir sur le niveau de violence et de cruauté dont est capable l’être humain, mais aussi sa capacité incroyable de pardonner, de se relever plus fort et plus déterminé que jamais à rectifier le tir pour les générations futures. C’est pour moi un élément de réponse pour comprendre pourquoi les Cambodgiens sont à ce point humains, ouverts à l’Autre. Un peuple qui a autant souffert et qui tend la main n’est-t-il pas un peuple extraordinaire ?

Moi, ça me fait réfléchir sur la situation actuelle du monde, victime de la violence de l’homme tourmenté par l’appât du pouvoir, un monde en proie à la xénophobie, des dirigeants et des médias complices dans tous ces élans de folie. N’a t-on pas appris la leçon?

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